Les temps changent (1)

Croquis 'sans titre', Kim Graine
Croquis 'sans titre', Kim Graine

par Sylvain le Momo

sur 'Times are changing' de Dylan par Brian Ferry

 

Toulouse, 14 octobre / 27 octobre 2011

Urgences Psy. hôpital Purpan

Avec Zaoui (Ma Zaougouille, Zaz, Salut la miss, Zou zou), Djamila (belle femme de 40 ans qui veut vivre avec moi), Bendehila, Touriaha, Alias (Réunionnais de Saint Denis)

 

IL y avait longtemps que je n’avais pris un tel shoot.

Cela n’avait rien à voir avec celui que je devais commettre avec Vinc le patron de l’Aéro pour annoncer une soirée prévue en décembre avec comme vedette le Père Noël Solidaire et Durable.

Avec mon look de gros Bérurier salace c'était clair que les participants allaient se demander si le Père Noël serait toujours une sale ordure en cette fin d’année 2011...

Vinc m'avait dit :

- Tout est dans la question, il faut déconner un max. et engendrer beaucoup d’humour... tu as le physique de l’emploi et la verve de Coluche... avec toi on pourra ramasser pas mal de tunes pour le secours populaire qui fait affaire avec nous...

- Ne fait pas le con ! lui avais-je répondu. Te gourre pas de secours ! Ne te mets pas en cheville avec les cathos, je les ai assez sucés ces enfoirés et j’ai longuement souffert dans ma jeunesse d’être né à Montauban (rapport aux scandales de pédophilies qu’il y eut dans cette ville entre les deux guerres et dans lesquels clergé et politiques étaient impliqués).

Etait-ce ce une bonne idée de faire intervenir le Père Noël en cette fin de règne du capitalisme ? Robin des Bois ne serait-il pas plus indiqué pour pourfendre le shérif de l’Elysée et pouvait-on lui faire confiance avant 2012 ? Allait-il lui aussi nous « sarkoniquer »?

Mystère et Humble de Garonne.

Magic Système « Zoulou » passait sur la télé pendant que Zaioui et Djamila exécutaient une danse arabe à mon intention, chaloupée et enivrante mais qui avait du mal à me relever de ma cuite chimique en section fermée.

Je pris la clope que me tendait Ben et nous allâmes avec Julien l’infirmier nous en fumer une dans la pièce attenante.

Par la vitre, je contemplais Djamila comme hypnotisé, grillant ma cigarette J.B.

Ben perçut mon émoi :

- C’est une belle femme la sœur, tu as l’air de la kiffer.

La télé était aux manettes d’Alias et on n'avait droit qu’à des chaînes de zique. Il n’y avait aucun sociétaire pour mettre des programmes de merde style TF1 et j’avais négocié qu'au moment des pauses des filles je sois seul à regarder I Télé et resté ainsi branché sur le spectacle du monde.

- Cette manie Ben que vous avez d’appeler toute les maghrébines vos sœurs... Oui elle me fait kiffer grave Djamila.

- Tu nous as dis hier soir avoir des origines indiennes Philippe... Donc comme pour toi avec tes congénères des tribus Navajos, Djamila est de mon peuple et peut être de ma tribu...

Après leurs arabesques, Zas et Djamila étaient en nage. Zaz commanda deux carafes de « Strawberry Full » à Lucien l’infirmier fantaisiste qui leur dit qu’avec ça elle allait décoller. Devant mon air ahuri elle me dit :

Ne t’en fais pas Philippe ce n’est que de la fraise. Mais attention à la fraise ???

Oui, dis-je mais tout dépend comment elles sont cultivées ou de ce que l’on y met dedans...

Touriaha s’était réveillé le premier vers 7 heures en me disant :

- Il n’y avait aucune mouche qui volait... Heureusement car j'avais une érection monumentale et en éjaculant comme un vulgaire D.S.K. je l’aurais scotchée contre un mur.

Mais Zaouauia l’avait devancé à 6 heures et Touriaha n’avait pas remarqué sa présence. Il rougit d’avoir pu faire une connerie aussi lamentable devant elle.

Zouzou, la belle trentaine, sourit et dit :

- Les hommes ne voient pas les femmes se lever.

Et se tournant vers moi :

- Tu comprends Philippe, chez nous la femme se lève à 4 heures du matin pour préparer la gamelle du mari.

Encore une histoire de religion, lui répondit-je...

Djamila, la quarantaine mure, visage parfait, nez aquilin, chevelure au henné et aux formes légèrement rondes, acquiesça en souriant. Elle leva les yeux vers moi en sirotant son «strawberry» et d’un regard doux et plein de promesses elle enfonça sa chourmia dans mon corps comme les griffes du Lion pénètrent dans celui de la Gazelle.

Sauf que là ce n’était pas signe de mort, mais la porte ouverte à d’infinies voluptés.

- Tu ne crois pas en dieu, dit Djamila qui avait tout retenu de la conversation avec Zouzou.

Je crois plutôt aux dieux qui ont été des hommes bien vivants et que les petites gens sous la houlette de malins experts, les prêtres, ont créés pour juguler leur peur. Regarde-les : Jésus Christ dans ma religion, Mahomet dans la tienne, Jehova chez les Juifs, Mathieu Ricard (Heu non ! Merde ! Sidahartha chez les bouddhistes... Ricard étant leur commercial actuel), sans parler des animistes et des indiens d’Amériques...

Le visage de Djamila devînt grave :

- Tu me fais rigoler Philippe. Tu te crois quoi : athée, agnostique ? Tout ceux que tu viens de citer ne sont que des prophètes, Dieu est unique comme le livre même s’il est apparu selon les civilisations sous des formes divergentes et le dernier livre est bien le Coran.

Gasp !!! Ses arguments étaient aussi béton qu’un discours de Tarik Ramadan, je ne m’avisais pas à la contredire et contournait l'obstacle. Je pris sa main, son pouls battait fort, et lui dit :

Remontre-moi ce pendentif que tu as trouvé dans la rue avant que les trois Skins du F. haine ne t’agressent et ne veuillent t’embarquer dans leur voiture. Tu nous as dit qu’il t'avait protégée et t’avait permis de hurler malgré le fait que tu étais morte de trouille (Les flics, le SAMU ont débarqué pendant que les Skins se barraient fissa dans leur caisse go fast...) Après un léger questionnaire dans le camion de Police, le SAMU t’a prise en charge et tu t’es trouvée avec nous ici avec ton talisman.

Au bout d’un moment, je reconnus ce Talisman, il ressemblait à celui que j’ai vu dans la panoplie Navajos de ma grand-mère et qu’elle utilisait pour la divination. Il me paraissait parfaitement identique.

J'étais ému, je commençais à l’appeler Djam dans ma tête, le signal que toutes mes barrières lâchaient...

Djamila s’allongea sur la banquette auprès de moi, me demanda si elle pouvait mettre sa tête sur mes genoux. Elle prit ma main et l’enfonça dans ses cheveux. Je n’en demandais pas tant et cela me procura une érection qu’elle dût bien sentir... Elle me sourit. J’essaya d’avoir l'air digne pas celui du mec qui va bientôt la rejoindre dans sa chambre... (ce qui était d'ailleurs formellement interdit.)

-Tu vois Zouaouai qui nous regarde d’un air tendre presque à la limite de la larme au coin d’un œil sorti de «feug de l’amour», il y a des choses qui se passent en ce moment... Est-ce à cause des alignements des planètes au-dessus de nous ?

-Tu nous fais chier avec ça Philippe, c’est simplement Dieu dit-elle me serrant le sexe dans la main d’un air gourmand et se lançant dans un éclat de rire communicatif.

-C’est ma tournée de «strawberry », dit Lucien l’infirmier ludique.

Je compris que cela allait être ma fête et qu’une nouvelle vie s’ouvrait à moi. Il allait falloir que je m’accroche, que je donne du meilleur de moi-même et que je ne déçoive pas cette belle et jeune femme (16 ans de moins que moi ! Quand même...)

Sylvain le momo