La petite Nedje danse sur mon vague à l'âme

Par Sylvain le Momo

Toulouse, novembre 1999 - 2014 sur "Maison Blanche" - Origines Contrôlées

 

Ce soir-là, une fois de plus je n’étais pas rentré.

Il est vrai en y pensant, que rien ni personne ne m’y obligeait maintenant.

C’était un mercredi, et ce soir comme tant d’autres, ils n’étaient plus à la maison. Alexandre, mon aîné, habitait maintenant en semaine à Brive où il faisait sa première année d’école d’infirmier.

Sabine m’avait téléphoné ce matin pour me dire qu’elle n’était pas chez elle et qu’il fallait que je m’occupe de Coralie ma fille cadette. Coralie avait son entraînement de "Gym Pilate" et elle m’avait dit qu’elle allait dormir chez sa mère et, que de toute façon, malgré ce qu’elle disait, elle pouvait se débrouiller seule pour bouffer. Je lui avais dit de ne pas en parler à sa mère, que je ne me prenne pas une nouvelle cartouche...

J’avais appris par José mon ex beau-frère qu’elle présenterait ce soir son nouveau mec, le docteur député vert et son « ex-psychanalyste la-con-enien » à ses soeurs et son frère.

Grand bien lui fasse...

Ce soir allait définitivement marquer mon exclusion de leur famille.

Elle m’avait accordé un répit de six mois pour me mettre de l’argent de coté et dégager de la maison. Elle avait préparé seule « son » divorce avec son avocate, qu’elle voulait que je signe à l’amiable. Je n’avais pas les forces financières ni psychologiques pour me livrer à un éventuel combat.

J’espère que mes graines d’anar allaient fusiller en plein vol son cornard de verdâtre quand elle leur présenterait...

Ce soir-là, je devais me rendre à une réunion du comité Chiapas au Clandé, vers huit heures comme tous les mercredis soirs, en allant chercher Alain Le Petit, mais nous verrons que je ne le fis pas...

J’essayais de me trouver une activité par soir pour ne pas rentrer délaissé dans notre appartement avant minuit et ne pas me choper le spleen d’un repas seul ou mal accompagné... et engueulé pour tout et rien par ma future ex devant ma fille Coralie qui n’y comprenait plus rien et commençait à filer un mauvais coton. C’est à ce moment qu’elle a commencé à faire la conne au bahut.

Cet après-midi, la petite Nedje, fille de Dihya* était venue me présenter sa grand-mère au bureau de Poste de Toulouse R.P.

Elle avait dit à sa grand-mère en me présentant :

- Tu vois, c’est lui Sylvain, le copain de maman.

Je leur rendis un large sourire en serrant la main de la grand-mère de Nedje et en envoyant un bisou volatil sur le nez de Nedge.

Elle était mignonne cette petite...

Quand elles partirent, je me suis levé pour aller prendre ma pause avec Michelle ma confidente et je lui relatais la situation :

Dihya sa mère avait débarqué dans ma vie au cours d’une de ces grandes grèves des années 90’ ou elle avait prise l’initiative d’une rencontre avec moi. Nos premières rencontrent m’avait détricoté la libido...

Je restai baba devant cette apparition, de Nedje. Qu’avait-elle derrière la tête concernant ma relation avec sa mère ?

Michelle me dit :

- Ne t’occupes pas de cela pour l’instant, fais-moi en plaisir et rends-moi en grâce. Occupe-toi pour l’instant de ton divorce... Si ça ne va pas, passe à la maison. Félix sera comptant de te revoir. Je te dois bien cela à toi qui m'as sauvée de toutes les relations amoureuses dans lesquelles je me mettais inconsciemment.

Dans l’ascenseur, je me mis à pleurer longuement, elle me prit dans ses bras en mes serrant bien fort :

- C’est rien Sylvain, juste un mauvais moment à passer et je sais que tu as assez de force en toi pour te reconstruire.

Nous rentrions au guichet main dans la main, les collègues de l’arrière, en nous voyant, allaient encore fantasmer je ne sais quoi sur notre relation, mais il n’y avait rien entre nous, c’était simplement ma véritable amie du moment...

Quand je sortis du bureau à sept heures, le ciel était gris et la neige était fine. Ce soir j’avais de la « Nedje » qui dansait sur mon vague à âme...

Je me dirigeais vers la place du Capitole pour aller rejoindre le Florida ou servait mon copain Jacques. Je m'assis à une table près de jeunes étudiantes qui me jetèrent des regards pétillants.

Je crus comprendre grâce à mon anglais approximatif qu’elles disaient que je devais être cette sorte de vieux frenchie prédateur, mais malgré tout charmant. Peut être une occasion pour une relation furtive... Je leur rendis un sourire poli.

Jacques arriva en me disant que j’avais une drôle de gueule et me dit de me méfier des jeunes anglaises. Il voyait leur manège et elles cherchaient à se faire du vieux :

- Tu sais, ce n’est pas pour toi dans ta situation, ne fait pas le con, mon gamin...

Jacques m’avait toujours appelé son « gamin », alors qu’il était plus jeune que moi !

Nous sortions souvent ensemble, ses jours de relâche pour aller voir des concerts de rock au Bikini ou ailleurs...

Il prit ma commande :

- Double Tequila-sel, dis-je, en espérant par là embrumer mon esprit et ne plus penser à rien

- Avec ton citron vert et tes olives ? T’es en forme ?

- Tu sais bien me traiter mon salaud.

- On ne traite bien que les bons clients, surtout lorsque ce sont de vrais amis, gamin.

Il m’apporta ma commande puis disparut dans l’autre salle où au bar attendaient des poch'trons de service.

Une des anglaises, rousse avec de belles taches de rousse se pencha vers moi et me dit avec un français approximatif :

- Vous vouloir venir manger cher nous, habitons rue de Rémusat, nous avons bonnes bières, hachisch et de quoi écouter de la musique celtique.

- Go on for the Celtic music, les impressionnai-je... Je finis ma Tequila d’un coup sec et me levai pour les suivre, elles paillaient et rigolaient en anglais.

Arrivé chez elle, je fis le tour de l’appartement, un grand loft avec quatre chambres sympathiques.

Elle s’étaient réfugiées en cuisine pour préparer une grosse salade composée.

Je m’approchai de la platine et mis un disque au hasard, c’était du bon, du rock celtique radical.

La blonde sortit de la cuisine avec une bouteille de Chivas, deux verres et un pack de Guiness .

Elle me servit en disant :

- Very good music, you know.

- Yes sister, répondis-je.

On mangea la salade, assis au sol en buvant de la Guiness et en faisant tourner les pétards.

Les regards des filles se firent langoureux, les deux plus jeunes ne tinrent pas longtemps la distance et allèrent se coucher.

Je restai avec Jude la blonde, et Amélia la rousse en continuant à écouter la zique et en nous mettant à danser. Je passais de l’une à l’autre dans des rocks torrides et endiablés.

Au bout d’un moment elle m’entraînèrent dans une chambre. On se déshabilla en rigolant, elle voulurent me mettre ensemble un préservatif qu’elle prirent dont une boite traînant sur une commode. Le lit était large, au dessus d’un 140...

La suite fut adaptée à ce genre de situation pendant deux, trois heures et nous nous endormirent les uns sur les autres.

Cela m’avait défoulé et fait un bien énorme.

Je me levai à 5 heures du matin, j’allai boire un café à Victor Hugo en attendant la reprise de mon boulot.

Tout en sirotant mon café, je me dis qu’il fallait que je m’occupe de Dihya, mais cela me sembla compliqué au vu de nos premières rencontres.

Quel signal m’avait envoyé Nedge ?

Que cherchait-elle ? La vérité ne sortait-elle pas de la bouche des enfants qui comprennent ce qu’on occulté leur parents ?

Francis débarqua avec Michelle :

- Tu payes ton café mec, je crois que tu en besoin d’un autre avec l’haleine de chacal que tu tiens !

Ils s’y connaissait le bougre !

Michelle se pencha pour m’embrasser en me demandant si je m’étais bien remis :

- T'en fait pas, j’ai compensé. Je te raconterai...

Bref, je ne revis plus les anglaises, mais je continuai à voir Dihya, la belle sauvageonne berbère dont j’allai m’occuper.

Sylvainlemomo@artblog.fr, Editions du Territoire du Tsiou de L’Aouta

 

* Kahena (signifiant "prêtresse" , "devineresse" en arabe), de son vrai nom Dihya ou Damya (en tifinagh : ?????), est une reine guerrière berbère zénète des Aurès qui combattit les Omeyyades lors de l'expansion islamique en Afrique du Nord au VIIe siècle.

Plusieurs femmes ont écrit des romans sur la Kahena au XXe siècle et plusieurs penseurs disent que c'est une des premières féministes bien avant le Moyen Age et une des premières reines guerrières de l'Histoire.

De nombreux auteurs la considèrent comme juive... d'autres comme chrétienne et Ibn Khaldoun lui attribue des pouvoirs surnaturels...